Monogramme

Publié le par Maurizio Rofrano


Longtemps une exclusivité pour initiés, le monogramme du malletier E. Goyard, fondé en 1853 au tout début du Second Empire, est devenu depuis peu de plus en plus visible. Lorsque l'on se rend au 233 de la rue Saint-Honoré à Paris, on est surpris de découvrir un espace au décor ancien, étonnement familier, d’où émane une forte sensation d'intimité. C'est un espace en dehors du temps, arraché à son inéluctable passage.
Lorsque l'on aperçoit pour la première fois une "goyardine", on est d'abord surpris par la matière. Exquise, d'une légèreté et souplesse extrême, au regard comme au toucher, elle donne l'impression d'un finement froissé qui lui confère en toute décontraction sa grande élégance naturelle. Cet effet est obtenu grâce à une toile de composition complexe, tissage de coton, lin et chanvre, qui est ensuite recouvert de gomme arabique. Ce n'est que par la suite, à la main, que le monogramme à "chevrons" y est posé à l'aide de pochoirs. Formée de chevrons entrecroisés, sa structure produit un effet tridimensionnel dont le côté labyrinthique fait songer aux gravures imaginées par le célèbre artiste néerlandais Maurits Cornelis Escher. Construction répétitive qui permet l'expérience de l'infini par l'allitération. Et pourquoi pas, métaphore de la mode par l’accumulation du même où la valeur n’est plus exclusivement dans l’unique, mais se retrouve de manière inaltérée dans chacun des éléments identiques. Déclinaison et conséquence de l'oeuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité mécanique. Un ordre des choses typiquement moderne décrit par l'essayiste allemand Walter Benjamin.
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