Réponse à Jean-Paul Gaultier
Lors d'un entretien publié dans les pages du Figaro du 30 mars dernier, Jean-Paul Gaultier tenait les propos suivants: "quand on est styliste, designer ou couturier, on ne peut pas aller aussi loin qu'un artiste peintre. Il y a des limites au-delà desquelles on ne peut pas forcer le public. La mode est une industrie, même la couture." Mais qu'en est-il réellement du rapport entre les beaux-arts et la mode? Les peintres sont confrontés eux aussi à des contraintes de différentes natures: économiques, financières, idéologiques avec des cahiers des charges imposés par le commanditaire. Certains d'entre-eux les recherchent même, car elles ont pour effet de stimuler leur créativité.
Chaque nouveau mouvement artistique a dû inventer son propre marché. Lorsqu’en peinture sont apparues les premières oeuvres abstraites, il a fallu inventer de nouveaux amateurs. La critique a dû élaborer un nouveau discours pour les rendre intelligibles. Mais le contraire existe aussi. Le style gothique international déborde largement sur le début de la Renaissance italienne. Il y avait à cette époque des commanditaires qui avaient une préférence pour le style ancien, ce qui, par ailleurs, ne remet pas en cause la qualité de ces oeuvres.
Ce n'est pas l'absence de limites qui fait les œuvres d'art mais ce qu’elles signifient. Si l'horizon de la mode est sa portabilité, c'est que la couture est un art figuratif. Toutes les formes ont une limite, c'est leur nature mais aussi leur but.
On peut imaginer que la mode puisse dépasser à tout moment son cadre actuel pour gagner des espaces de liberté et d'expression supplémentaires. Pourquoi ne pas exposer des souliers, par exemple, comme des sculptures dans une galerie ? Christian Louboutin a notamment collaboré avec des artites contemporains comme David Lynch ou Madeleine Berkhemer. Un changement de marché peut ouvrir à de nouveaux sens.